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mai 27, 2008
Pourquoi je reste
Ce texte est de mon "tout doux", qui répondait aux attentes d'une rubrique d'un nouveau magazine. Ce sont des arguments d'un discours que je partage totalement et profondément...Je suis moi même chaque jour émerveillée et séduite par tant d'abnégation et d'acharnement pour le travail bien fait. Je ne peux ne pas en parler une fois de plus...

Faut-il être fou pour choisir de vivre en Afrique, dans une Côte d’Ivoire en pleine crise, alors qu’on est Franco-Africain, qu’on a étudié dans de bonnes écoles en France, et qu’il suffit juste de trouver l’argent d’un billet d’avion pour s’en aller dans l’Hexagone jouir des acquis de l’Etat-providence et trouver un travail stable ?
Si la réponse à cette question est « oui », c’est que l’auteur de ces lignes est fou. Français d’origine Camerounaise, formé à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, j’ai eu l’opportunité de travailler pour la « grande presse » française, en France et en Afrique, et j’ai délibérément choisi de me transformer en journaliste de Côte d’Ivoire, un statut que l’on pourrait considérer comme dévalué par rapport à ma condition première.
Pourquoi avoir fait un tel choix ? Pour des raisons liées à de très fortes convictions sur la crise ivoirienne, au départ. Je me suis souvent expliqué sur ce qu’on pourrait appeler le déclic de départ.
Pourquoi persévérer ? Pourquoi continuer de vivre en Côte d’Ivoire, en Afrique, à un moment où toute l’effervescence que l’on a connue ces dernières années est retombée ? Pourquoi ne pas rentrer en France ?
Cette question, je me la suis souvent posée. Il y a sans doute plusieurs éléments de réponse : la routine, l’attachement sentimental à mon pays d’adoption, l’appréhension à l’idée de rebâtir une vie en partant de zéro. Il y a également une foi dans les potentialités économiques de l’Afrique de ce début de siècle.
Je pense fondamentalement que l’Afrique est capable du meilleur comme du pire aujourd’hui. La situation mondiale lui est favorable : la croissance asiatique booste les prix des matières premières, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ouvrent des perspectives immenses et encore peu explorées en matière de télétravail, de télé-enseignement, de circulation des valeurs. Peu à peu, les peuples expriment leurs exigences démocratiques et les armures des Etats totalitaires se fendillent. Notre forte démographie, nos disponibilités en eaux et en terres, nous mettent au centre de la géopolitique mondiale. Bien entendu, les obstacles sont là, et on ne peut pas feindre de ne pas les voir : les égoïsmes, qui puisent leur dynamique dans la haine de soi et l’afropessimisme viscéral de plusieurs d’entre nous, sont là. On ne peut pas ne pas voir une culture du pouvoir oppressive, caricaturale, brutale parce que peu assurée, qui conduit aux dérives antipatriotiques que l’on constate tous les jours. Mais des brèches sont ouvertes, et le miracle est à notre portée.

Je veux vivre en Afrique ces instants déterminants, participer à des aventures visant à tirer partie de cette donne nouvelle. Je veux être du côté de ceux qui agissent pour créer une société ouverte, remplie d’opportunités, libérée parce que libérale, tolérante et débarrassée de ses complexes d’infériorité. Après six siècles de silence et d’oppression, le temps de la renaissance arrive peut-être à grands pas. Ne le retardons pas par nos sarcasmes et l’addition de nos cynismes.
Il y a du travail en Afrique. Et je sens que demain certains secteurs seront porteurs : la valorisation des terres avec une agriculture vivrière modernisée, devenue potentiellement « rentable » grâce à la hausse des prix des denrées alimentaires, qui est un phénomène de long terme dû à la croissance asiatique ; la valorisation de la force de travail de notre jeunesse à travers la formation et la création d’entreprises axées sur les TIC ; la transformation de notre croissance « sur papier » en réalisations concrètes à travers le BTP et l’ingénierie…
Et puis, de toute façon, il y a une réalité que ceux d’entre nous qui ont vécu en Europe connaissent. Ils la répètent mais personne ne veut les croire : personne n’attend les Africains en Occident, et l’immigration massive n’est ni possible, ni souhaitable.
Nous n’avons pas le choix. Nous devons travailler à ce que nos rêves s’incarnent sur la terre africaine. Dans ce contexte, ceux qui peuvent décider de s’en aller mais restent par la foi sont des « évangélistes » de la renaissance de notre continent. Quel beau ministère !
Théophile Kouamouo
15:34 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Heureux qui comme Théo...
Ecrit par : Guédé | mai 27, 2008


